À la Maison des Arts de Créteil, la Trisha Brown Dance Company
Trisha Brown a toujours eu un attachement particulier pour la France où son travail a été reconnu dès ses débuts, dans les années 70. Répondant à l’invitation de l’édition 2023 du Festival d’Automne à Paris, Carolyn Lucas, actuelle directrice et ancienne danseuse de la compagnie, a choisi deux pièces du répertoire, Working title et For M.G. : The Movie de Trisha Brown et a confié à Noé Soulier, directeur du Centre national de danse contemporaine d’Angers, une création, In the Fall.
Avec In The fall, qui ouvre la soirée, Noé Soulier s’inscrit dans les recherches sur le mouvement de Trisha Brown. La chorégraphie, interprétée par huit danseurs, explore au travers de combinaisons d’enchainements, les transferts du poids du corps et le jeu avec l’équilibre et la chute. Les corps s’étirent, pivotent, reprennent une variation dans une impression de mouvement perpétuel renforcée par la musique linéaire de Florian Hecker. Avec ce ballet, Noé Soulier prouve, si besoin était, toute la modernité du travail de Trisha Brown qui permet à des auteurs contemporains de s’en nourrir pour de vraies créations actuelles et non de pâles exercices de style.
Working title est une pièce emblématique de Trisha Brown. Les danseurs aux vêtements colorés se livrent à des courses joyeuses sur scène, traversant le plateau seul ou par petits groupes. Les variations se répètent, se répondent dans des relations d’attraction et de répulsion. La dynamique des sauts suivie des relâchés du haut du corps et des bras donnent une image d’élasticité et de vivacité. Working title pourrait ne jamais se terminer, comme le mouvement d’un pendule.
For MG : The Movie, ballet créé en 1991, est un hommage à Michel Guy, ancien Secrétaire d’Etat à la culture, fondateur du Festival d’Automne et fervent soutien de Trisha Brown, décédé un an auparavant. Pièce énigmatique, The Movie s’ouvre sur un couple de dos. L’homme restera immobile pendant toute la pièce alors que la femme rejoindra les autres danseurs. Ceux-ci, vêtus de combinaisons orangées, traversent la scène, certains en courant, tout simplement, d’autres dans des variations complexes, rapides ou plus lentes. Les foulées semblent marquer la mesure, tel un métronome inexorable, et contrastent avec l’homme seul et immobile. Le fond de la cage de scène, laissé visible, confère une esthétique post-moderne à l’ensemble. The Movie est une pièce mélancolique, sorte de métaphore du temps qui passe, des amis qu’on perd et de la solitude.
Stéphanie Nègre
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