La Vie en Face – Polka Galerie
Pourtant, aucune contradiction dans la présence de ce dernier : Peter Lindberg travaille à la manière d’un photoreporter, à l’affût de la vérité d’un regard, de l’authenticité du modèle et de la fidélité à la réalité.
Peter Lindbergh : montrer les femmes dans leur vérité
Certes, il s’est illustré pour ses séries de mode dans les plus grands magazines féminins du monde entier. Mais à y regarder de près, ce qui distingue le travail de ce photographe, c’est avant tout sa vision si particulière des femmes. C’est celle d’un regard amoureux. Et quelle meilleure manière de l’exprimer que l’utilisation du noir et blanc. Cette absence de couleur force l’œil à se concentrer sur l’essentiel et la substantifique moelle du cliché, à savoir le corps et le visage féminins. Rien ne doit empêcher de capturer l’image dans son caractère brut, sa force, sa vérité. D’où une prédilection pour les portraits où les personnages offrent un visage sans sourire, celui-ci pouvant détourner l’attention.
Une magnifique illustration de cette philosophie : cette photo de Jeanne Moreau prise pour le Vogue Italie en 2004. L’actrice française y expose son visage nu, sans aucune retouche numérique, dévoilant toute sa force et sa fragilité. Y apparaissent les imperfections de la peau et les traces du temps qui passe, mais aussi ô combien toute la beauté et l’humanité du personnage.
Stanley Greene : Haïti, l’après-séisme
Dans un tout autre registre que le glamour de Peter Lindbergh, l’exposition propose dix tirages sur un reportage effectué en juillet 2010 à Haïti par ce photographe, multiple gagnant du prix World Press.
Son témoignage de l’après séisme six mois après, révèle l’état de dénuement des réfugiés et l’insuffisance des infrastructures, malgré le raz-de-marée de générosité internationale.
Les clichés s’attardent dans un camp inondé, dans les décombres d’une ancienne maternité ou sur une prostituée dormant sur une pierre tombale du grand cimetière de Port-au-Prince, devenu désormais un lieu de passes. La reconstruction semble une utopie.
Brenda Ann Kenneally : Troy ou l’envers de l’American dream
Cette photojournaliste, marquée par l’œuvre de Diane Airbus, a choisi de poser ses valises à Troy, petite ville post-industrielle de l’état de New-York, et ce, afin d’y effectuer un constat désenchanté et morose des oubliés du rêve américain. Dans cette cité minée par la pauvreté, les mères célibataires sont légion, et les hommes souvent absents pour cause de séjour en prison.
Seul échappatoire pour ces femmes : rêver d’amour et continuer à faire des bébés, malgré les conditions matérielles plus que précaires. D’où ces portraits de femmes un bébé au sein, ou entourées de leurs nombreux enfants.
Depuis sa création, la galerie Polka n’a cessé d’innover et d’enrichir son catalogue de photographes. Avec « La Vie en Face » elle offre une fois de plus au visiteur ou au collectionneur passionné le photojournalisme dans toute sa richesse et sa diversité.
Roxane Ghislaine Pierre
La Vie en Face
Du 10 septembre au 10 novembre 2010
Du mardi au samedi de 11h30 à 19h30
Polka Galerie
12, rue Saint-Gilles
75003 Paris
M° Chemin Vert
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