Lélia Demoisy, sculptrice du vivant exposée à la foire Art Paris 2025
Lélia Demoisy © Alice Jacquemin
À la croisée de l’art et de l’écologie, Lélia Demoisy explore la matière vivante et son dialogue avec la nature. Invitée par la Maison Ruinart à l’occasion d’Art Paris du 2 au 6 avril 2025, elle dévoile de nouvelles créations inédites dans le cadre du cycle “Conversations avec la nature”. Entre choix des matériaux et engagement éco-conçu, l’artiste nous livre une réflexion sensible sur notre lien au vivant.
Ta pratique met en tension des matériaux naturels et industriels, comme le bois et l’acier. Que cherches-tu à révéler à travers cette association ?
L’utilisation de l’acier est plutôt ponctuelle dans ma pratique. Dans le cadre de la commande pour le jardin de sculptures au 4 rue des Crayères pour la Maison Ruinart, j’ai effectivement utilisé de l’inox pour former une partie de l’œuvre, par souci de pérennité et parce qu’il me permettait de créer cette forme onirique d’enchevêtrement de racines. Mais finalement, la plus grande partie de l’œuvre est constituée des deux érables vivants que ces racines blanches entourent.
La plupart de mes pièces sont réalisées avec des matières issues du vivant, afin de confronter directement le corps du spectateur à elles. J’explore souvent l’hybridation entre le règne animal et le règne végétal, dans une volonté de rapprocher le corps végétal d’un corps qui se relie au nôtre. Toutes ces matières sont récupérées et possèdent ainsi leur propre histoire, qui fait souvent partie intégrante de l’œuvre.

Lélia Demoisy, Between Us (Entre Nous), 2024 © Mathieu Bonnevie
Tu évoques souvent la “magie du vivant” et l’interconnexion des espèces. Comment traduis-tu cette approche scientifique et sensible dans tes sculptures ?
Il est vrai que je parle de magie du vivant dans le sens de ce qui est fascinant, surprenant et souvent incroyable dans la diversité génétique et les stratégies que le vivant a développées pour contrer les maladies, les intempéries ou les prédateurs. Je ne fais cependant jamais référence à une magie qui relèverait du spirituel ou de l’animisme, même si la frontière peut sembler mince. En revanche, je m’intéresse à notre propension à projeter du spirituel sur ce que nous jugeons beau, incroyable ou mystérieux, faute d’en avoir encore une explication scientifique.
L’interconnexion des espèces est une thématique que j’ai souhaité explorer dans les pièces créées cette année, et elle peut prendre différentes formes. J’ai ainsi étudié l’interconnexion entre ces deux érables dans le jardin de sculptures, celle entre la vigne et les haies plantées par Ruinart, mais aussi la relation sentimentale qui me reliait à un bout de forêt (dans la pièce La Cape). J’ai également exploré la perméabilité extrême des arbres au monde qui les entoure, notamment à travers le phénomène d’anastomose, très courant lorsque deux arbres poussent très proches l’un de l’autre et finissent par fusionner leurs troncs. Mon interprétation de ce phénomène est évidemment plus onirique, mais elle en prend sa source.

Lélia Demoisy travaillant dans son studio, 2024 © Eldorado
Ton engagement en faveur d’une démarche éco-conçue dans l’art contemporain est notable. Quels défis rencontres-tu pour concilier cette exigence avec la diffusion et la production de tes œuvres ?
Lorsque l’on utilise des matériaux naturels, il est facile de limiter son impact environnemental au stade de la production des œuvres. Tous mes “déchets” peuvent être réutilisés pour d’autres œuvres s’ils sont assez grands, servir à chauffer ma maison, ou être compostés. Mes matières premières proviennent d’un rayon de quelques kilomètres autour de mon atelier : je me fournis auprès d’élagueurs ou directement chez des particuliers ayant fait abattre un arbre. Si je n’utilise pas d’outils à main, je privilégie l’électrique au thermique.
Le défi se pose davantage au niveau de l’emballage et du transport des œuvres. Je privilégie des emballages en carton plutôt que des caisses en bois, ces dernières étant jusqu’à dix fois plus émettrices de CO₂ et bien plus lourdes pour le transport. J’essaie aussi d’adapter au mieux la taille des emballages aux œuvres pour éviter le gaspillage et d’optimiser les déplacements en favorisant le co-transport ou des alternatives moins polluantes, comme le train. Les socles des sculptures peuvent également être réalisés en bois de réemploi.
Avec l’évolution de ma carrière, les expositions se feront sans doute de plus en plus loin et nécessiteront des installations plus conséquentes, mais chaque projet peut trouver des solutions pour réduire son impact écologique. Les budgets alloués seront aussi, je l’espère, plus importants, ce qui permettra de consacrer un pourcentage à ces mesures éco-responsables et de sensibiliser les institutions ou commanditaires à ces enjeux.
Cette collaboration est une chance, car la maison de champagne est déjà engagée dans cette démarche et a facilité la mise en place de ces mesures. Par exemple, les œuvres ont été emballées dans des caisses en carton, et j’ai fait le choix de me rendre en train à Madrid pour notre première présentation à la foire ARCO Madrid.
Lélia Demoisy : www.leliademoisy.com

Lélia Demoisy © Alice Jacquemin
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