Alice au pays des merveilles – film de Tim Burton
La petite fille qu’était Alice dans le conte initial a presque entièrement disparu avec cette adaptation de Tim Burton.
Les lignes des deux œuvres de Lewis Carroll – « Alice au pays des merveilles », « De l’autre côté du miroir » – s’entremêlent pour célébrer le pouvoir de l’imaginaire, la force des rêveurs. Au milieu d’un monde psychédélique déboussolant, les mots-valises chers à l’écrivain britannique sonnent et résonnent, accompagnés des airs somptueux du compositeur Danny Elfman.
Tim Burton n’a que faire des conventions : sa Alice empruntera cette spécificité à son créateur. A la Garden Party organisée en son honneur, Alice préfère l’intrigant Lapin Blanc arborant montre de gousset et gilet. Après une chute dans le terrier de ce dernier, la jeune femme atterrit à Underland, le monde merveilleux de ses songes nocturnes, celui qu’elle connut quelques années auparavant. Fiole pour rapetisser, bouchées de gâteaux pour grandir, la jeune femme redécouvre l’impossible et franchit la porte de sa destinée.
Wonderland, comme l’appelait Alice enfant, a vieilli avec elle : le banquet du Chapelier fou (incarné à la perfection par Johnny Depp, dirigé pour la septième fois par Tim Burton) exhibe une vaisselle désuète, le temps et l’attente ont tiré les traits des protagonistes, lassés de ne pas voir retourner leur héroïne sur leur terre. Mais Alice a retrouvé son chemin, et après maintes explorations identitaires, elle est prête à mener l’ultime combat : affronter l’odieuse Reine Rouge (irrésistiblement interprétée par Helena Bonham Carter). Prenant des airs d’heroic fantasy, « Alice au pays des merveilles » oppose alors le Bien au Mal de manière trop convenue pour être à la hauteur de l’art de son réalisateur.
Inégal, « Alice au pays des merveilles » reste une réussite visuelle. La griffe burtonienne enrichit ce conte trop connu et sa galerie de « monstres ». A peine la clef tournée et la porte ouverte, les décors gracieux de Tim Burton se dessinent : grilles gothiques et topiaires ne sont pas sans rappeler « Edward aux mains d’argent ». Pourtant, la magie n’opère pas de la même manière : les images de synthèse et la 3D, plutôt que de sublimer l’univers de Tim Burton, le ternissent. Soit, son pays des merveilles reste haut en couleurs, regorgeant de personnages fascinants, farfelus, dont la folie latente ou exprimée fait la beauté ; mais la poésie de ses créations s’échappe quelque peu. Comme le chat du Cheshire, elle vous frôle un instant et disparaît le plan suivant, pour mieux revenir ensuite.
La complexité d’« Alice au pays des merveilles » n’aurait pu trouver meilleur représentant que Tim Burton. De traversées du miroir en récits fantastiques, ce rêveur marginal incarne les êtres « anormaux » d’une humanité rare. Mais ce nouveau voyage, ponctué de quelques fausses notes, se voile de déceptions laissant, à regret, un sentiment doux-amer.
Mélanie Grenier
A découvrir sur Artistik Rezo :
– Alice au pays des merveilles à la galerie Arludik
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Alice au pays des merveilles
De Tim Burton
Avec Johnny Depp, Mia Wasikowska, Michael Sheen, Helena Bonham Carter, Anne Hathaway et Matt Lucas
Sortie le 24 mars 2010
[Visuel : Photos © Walt Disney Studios Motion Pictures France]
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